L’emplacement reste stratégique, mais son analyse doit évoluer
Pendant longtemps, une règle a guidé le développement des réseaux de franchise : « emplacement, emplacement, emplacement ». Ce mantra repose sur une réalité simple : un bon emplacement augmente naturellement les chances d’attirer des clients et de développer un chiffre d’affaires durable.
Pourtant, le commerce a profondément changé. Les habitudes de consommation évoluent. Les réseaux sociaux influencent les comportements. Les moteurs de recommandation façonnent les décisions d’achat. L’intelligence artificielle modifie progressivement la manière dont les consommateurs découvrent une enseigne ou un commerce.
Dans ce contexte, les critères historiques de sélection d’un emplacement ne suffisent plus à eux seuls. La visibilité d’une vitrine, la présence d’un parking, l’accessibilité ou encore le volume de passage restent importants, mais doivent être complétés par une analyse plus large intégrant la visibilité numérique, les comportements de consommation et les nouveaux parcours clients.
La véritable question n’est plus seulement : « Combien de personnes passent devant mon point de vente ? ». Aujourd’hui, il faut également se demander : « Suis-je visible auprès des bonnes personnes, au bon moment et sur les bons canaux ? »
Le flux n’a de valeur que s’il correspond à votre clientèle cible
Un flux important ne garantit pas que les personnes qui passent devant un commerce correspondent réellement à la clientèle cible. Le simple faitd’être situé dans une rue fréquentée n’est plus une garantie de succès. En effet, de nombreux points de vente bénéficient d’une forte fréquentation sans pour autant transformer ces passages en ventes.
Cette évolution est particulièrement visible chez les jeunes générations. Certaines tendances sur les réseaux sociaux peuvent générer des pics de fréquentation très importants. Des centaines de visiteurs se déplacent pour découvrir un lieu devenu viral sans pour autant représenter une clientèle durable.
L’attractivité d’un lieu repose désormais sur sa capacité à capter une audience qualifiée et à la convertir durablement. Le flux n’a d’intérêt que s’il est composé de consommateurs susceptibles d’acheter les produits ou services proposés. L’enjeu consiste alors à qualifier le flux plutôt qu’à simplement le mesurer.
Les zones de chalandise ne sont plus uniquement physiques
La notion traditionnelle de zone de chalandise reposait principalement sur le temps d’accès, la distance ou les habitudes de déplacement des consommateurs. Aujourd’hui, une nouvelle dimension s’ajoute : la zone de chalandise digitale.
Avant même de se déplacer, les consommateurs découvrent des commerces grâce à TikTok, Instagram, YouTube Shorts, Google ou encore aux outils conversationnels d’IA. Les consommateurs recherchent d’abord une ambiance et une expérience perçue, avant de s’intéresser aux produits. Dans ce schéma, la zone d’influence réelle d’un commerce dépasse largement son environnement immédiat. Cette zone ne dépend plus de critères physiques mais résulte des recommandations générées par les plateformes numériques et les algorithmes.
Les réseaux sociaux créent ainsi des flux de visiteurs qui ne répondent plus aux logiques géographiques traditionnelles. Certaines enseignes attirent désormais des clients bien au-delà de leur bassin de consommation habituel grâce à leur visibilité en ligne.
L’analyse d’implantation doit donc intégrer cette nouvelle réalité et prendre en compte l’interaction entre territoire physique et territoire numérique.
Quand les algorithmes deviennent des prescripteurs territoriaux
L’évolution la plus marquante réside probablement dans le rôle croissant des algorithmes. Hier, les consommateurs cherchaient directement un commerce à proximité avec une requête simple du type : « Pizzeria à Bordeaux ». Aujourd’hui, les recherches sont beaucoup plus contextuelles et inspirationnelles : « Meilleure pizza napolitaine pour une soirée romantique à Bordeaux ». Cette évolution change profondément la manière dont les commerces sont découverts.
Les plateformes comme TikTok, Instagram, Google ou encore les assistants IA répondent à ces attentes en proposant des recommandations personnalisées. Les algorithmes deviennent ainsi de véritables prescripteurs territoriaux. Ils influencent les déplacements, orientent les flux de visiteurs et participent directement à la visibilité d’un commerce.
Cette nouvelle dynamique redistribue les cartes. La performance commerciale dépend désormais autant de la capacité à exister dans les systèmes de recommandation que de la qualité intrinsèque de l’emplacement. Ainsi, un emplacement moyen mais très visible socialement peut concurrencer un excellent emplacement physique mais invisible dans le digital.
Dès lors, une nouvelle question apparaît : comment mon point de vente est-il perçu et recommandé par ces systèmes ?
La notoriété digitale peut masquer des fragilités économiques
Cette nouvelle dynamique crée également des opportunités inédites pour les jeunes enseignes.
Historiquement, les meilleurs emplacements étaient souvent réservés aux réseaux les plus anciens ou aux marques déjà bien installées. Aujourd’hui, une forte notoriété sur les réseaux sociaux peut accélérer considérablement le développement d’une enseigne, et attirer l’attention des investisseurs, des bailleurs et des développeurs de réseaux. La notoriété ne dépend plus de l’ancienneté d’un réseau, comme en témoigne Tasty Crousty, une jeune enseigne qui a su capter l’attention des réseaux sociaux, bien au-delà de sa taille réelle.
Toutefois, cette situation comporte certains risques. La viralité ne constitue pas une preuve de solidité économique. Une tendance peut générer un afflux ponctuel de visiteurs sans garantir la pérennité du chiffre d’affaires. Certaines enseignes peuvent ainsi se retrouver engagées sur des loyers élevés avant même d’avoir démontré la robustesse de leur modèle économique.

La prudence reste donc essentielle. Une forte visibilité peut accélérer le développement, mais elle ne remplace pas les fondamentaux économiques.
Du phygital à la continuité du parcours client
Le terme « phygital » a longtemps servi à décrire la convergence entre commerce physique et commerce digital. Aujourd’hui, cette distinction devient moins pertinente, puisque la plupart des parcours d’achat combinent naturellement plusieurs points de contact numériques et physiques.

Le véritable enjeu n’est donc plus de séparer physique et digital. La véritable question est de comprendre comment exister dans les systèmes de recommandation tout en transformant cette attention numérique en expérience client et en ventes réelles.
Le nouvel enjeu : transformer l’attention en activité réelle
L’attractivité d’un commerce repose désormais sur sa capacité à exister simultanément dans l’espace physique, dans les réseaux sociaux et dans les systèmes de recommandation pilotés par l’intelligence artificielle.
Les enseignes qui réussiront demain seront celles capables d’analyser leurs marchés, de comprendre leurs clients et d’optimiser l’ensemble de leurs points de contact. L’objectif reste inchangé : attirer des consommateurs et développer l’activité. En revanche, les leviers ont évolué.
En somme, un bon emplacement aujourd’hui repose sur sa visibilité physique, sociale et algorithmique. L’erreur n’est plus de choisir un emplacement inapproprié, mais de s’appuyer sur des critères devenus obsolètes pour l’analyser.